Le Parc de Cluny au temps du docteur Georges Giret (1853-1940).
Le Parc de Cluny au tournant du XXe siècle.
Au temps du docteur Georges Giret (1853-1940).
En juin 2024, la ville de Limoux a ouvert au public le parc de Cluny, avenue Oscar Rougé. Avant d’appartenir aux sœurs de Cluny, ce parc de 1,3 hectares, tout comme la belle maison à laquelle il est rattaché, a été aménagé pour sa famille, à la fin du XIXe siècle, par le docteur Georges Giret figure importante du monde agricole et viticole limouxin.
Né à Limoux en 1853, Georges Giret se destine d’abord à des études de médecine. Mais en 1883 la mort de son père, Jules Giret, grand propriétaire viticole à Limoux et ancien possesseur du magasin de Nouveautés sur la Place de la République, le contraint à prendre en mains les affaires familiales. Georges hérite à cette occasion de la maison située aujourd’hui rue Rhin et Danube acquise par son père en 1867. Aux abords de cette habitation qu’il transforme dans les goûts de l’époque (elle est vite surnommée le « chalet Giret » en raison de son apparence particulière avec ses décors et son balcon en bois). Il fait aménager pour sa famille le très beau parc qui longe la nouvelle avenue du Pont de Fer (1885) et que bon nombre de Limouxins et de Limouxines appelleront désormais tout simplement le « Parc Giret ».
Confronté de plein fouet à la crise du Phylloxéra, Georges Giret est un des premiers propriétaires à reconstituer son vignoble après avoir étudié les diverses variétés de plans américains. Membre éminent du Comice Agricole de Limoux dont il sera plusieurs années président, il inspire par ses travaux tous ceux qui, en Limouxin, décident de replanter leurs domaines. Esprit curieux, il se passionne pour tous les progrès de la science, notamment en matière agricole ; il confère avec les professeurs d’agriculture, visite les champs d’expérience et n’a d’autre but que d’associer ses compatriotes limouxins au fruit de ses recherches. On disait de lui qu’il n’avait « aucun repos quand il s’agissait de viticulture ». Les événements de 1907 le trouvent à son poste de combat. Avec un zèle et un dévouement absolu, il soutient les revendications des viticulteurs méridionaux et contribue à l’organisation de leur confédération dans la région de Limoux. Le 31 août 1907, il est élu au Conseil d’administration de la CGV Carcassonne-Limoux dont il devient l’un des cinq vice-présidents. Il continue par la suite à s’intéresser à la lutte contre les maladies cryptogamiques de la vigne (en particulier le Mildiou), les insectes ampélophages et aux conditions météorologiques qui président au développement de ces fléaux. Il intègre en 1911 le conseil d’administration de la Station d’essais agricoles de Carcassonne et crée le poste d’observation de Limoux. Il est aussi partie prenante dans le Syndicat local de défense contre la Cochylys. Au titre de tous ses engagements, il reçoit en juillet 1911, devant ses pairs, en séance de la Société centrale d’agriculture de l’Aude, l’Objet d’Art de la Société des Agriculteurs de France. En 1919, il propose de substituer à l’ancien Comice Agricole un nouvel organisme professionnel. Ce sera le Syndicat professionnel Agricole de l’Arrondissement de Limoux dont il prend pendant deux ans la Présidence, avant d’en être nommé Président d’Honneur. Sous sa direction prendra forme le projet de créer à Limoux la toute première coopérative de production et de consommation au service des agriculteurs et des viticulteurs du Limouxin. Cette réflexion débouche le 15 août 1921 sur la création de la Distillerie Coopérative des Vignerons du Limouxin, ancêtre de la CAVALE actuelle.
Très impliqué dans le domaine des œuvres sociales, le docteur Giret donne également pendant de nombreuses années des soins aux pensionnaires de l’Asile de Saint-Joseph de Cluny. En 1892, il devient administrateur de l’Hospice général de Limoux. Il s’intéresse très tôt aux œuvres d’épargnes et à la question des caisses agricoles. Dès 1886, il est aussi nommé administrateur de la Caisse d’Épargne limouxine et en septembre 1908, il est à l’origine de la Caisse locale de Crédit Agricole. Pour ses actions sociales menées durant la Première Guerre mondiale, il reçoit en 1920 de la Présidence de la République la médaille de vermeil de la Reconnaissance française pour avoir bénévolement rempli les fonctions de médecin-chef de l’ambulance militaire de Limoux, prodiguant ses soins éclairés aux soldats blessés et aux malades rapatriés à l’arrière. Homme de valeur et de grand mérite, reconnu pour son dévouement, sa simplicité et son érudition, Georges Giret reçut à sa mort en juillet 1940 au nom de sa ville natale l’hommage du maire de Limoux Pierre Constans et celui d’une foule venue nombreuse assistée à ses obsèques.
© Charles Peytavie
Le docteur Georges Giret en famille dans le parc de la propriété familiale (vers 1894). Photo Collection Isabelle Germain.



