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Jasmin : une « popstar » à Limoux

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Jasmin : une « popstar » à Limoux

Une « popstar » à Limoux  sous la Seconde République.

Connaissez-vous Jasmin, de son vrai nom Jacques Boé, surnommé par Balzac, le « poète-perruquier » parce qu’il était poète et ancien coiffeur ? Non ? 

Jasmin a pourtant une rue et une station de métro à son nom à Paris et une statue monumentale dans sa ville natale d’Agen, inaugurée par Mistral, notre prix Nobel de littérature lui-même. Au milieu du XIXe siècle, le récital de Jasmin fait fureur dans tout le Midi et même jusqu’à la capitale. Tout le monde aime Jasmin. Tout le monde veut voir et recevoir Jasmin. Tout le monde veut l’entendre déclamer avec éloquence ses poésies en langue occitane. Même les Limouxins. Et un jour, Jasmin vint à Limoux.

Les Limouxins avaient attendu leur tour de réjouissances avec impatience. Mais cette fois-ci enfin, le « poète de la Caritat », « le poète de la Charité » allait apparaître, face à eux, bien vivant, dans la salle de la Mairie. Toute la bonne société de la ville et des environs s’était donné rendez-vous ce dimanche 5 mai 1850; les ecclésiastiques de la ville, nous dit-on, avaient eux aussi voulu participer à la prometteuse réjouissance qui s’annonçait. Comme il se doit, nous sommes à Limoux et on n’y fait pas la fête sans musique, la société philharmonique s’est elle aussi empressée d’offrir son concours pour participer à la fête. Tout ce monde attend sa vedette. Et soudain, Jasmin apparaît et enchaîne aussitôt son plus célèbre poème : La Caritat. L’auditoire est saisi, bouleversé par la puissance des sentiments qui s’expriment ; les pleurs, les applaudissements, les manifestations de joie fusent de tous les coins de la salle. Le récital s’enchaîne. Vers la fin de la séance, une couronne est lancée au poète. C’est le signal attendu par le public. En un instant, il est couvert d’un déluge de fleurs et de bouquets. C’est à qui l’applaudit le plus, à qui lui dira un mot, à qui parviendrait à lui serrer la main, à qui arriverait à lui exprimer toutes ses émotions.

Mais qui était cet artiste capable de soulever les cœurs de nos ancêtres avec autant de frénésie et de passion ? Jacques Boé (1798-1864), dit Jasmin, était originaire d’Agen. Très jeune, il s’y établit comme coiffeur. Son commerce florissant lui laisse le temps de se consacrer à sa grande passion, l’écriture en occitan, la langue du peuple. Il abandonne son activité professionnelle pour se lancer dans des tournées de récitals de plus en plus spectaculaires à travers toute l’Occitanie. À Paris, il rencontre Lamartine, Chateaubriand, Balzac et sera même reçu par le roi Louis-Philippe en 1842. L’homme est avenant et sait se faire aimer. Il donne l’argent récolté lors de ses spectacles (on parle de plus d’un million et demi en 12000 représentations) à des œuvres de bienfaisance.

Revenons à son accueil par les Limouxins en 1850. Passé son récital, les applaudissements et les fleurs, le poète se redresse face au public en liesse. Il feint alors de se souvenir que la ville est la patrie d’un autre poète, l’académicien Alexandre Guiraud. Il se lance dans la déclamation de vers en l’honneur de la ville et de l’illustre auteur du Petit Savoyard: « À Limoux ! ». Son éloquente inspiration est accueillie par une triple salve d’applaudissements. 

Le lendemain, cet accueil public triomphal cède la place aux mondanités. Le poète enchaîne deux réceptions, le matin chez M. Brion Delcasse, le soir chez M. Adrien de Brasse où s’est réuni tout le comice agricole de l’arrondissement de Limoux. Ses membres sont trop heureux, nous dit-on, de saisir l’occasion de remercier le poète pour son dernier chef-d’œuvre Bilo et Campagno, consacré au discrédit qui touche les travaux champêtres et aux besoins des populations rurales. Le jour suivant, Jasmin, resté à Limoux, ne coupe pas au banquet que lui ont organisé les coiffeurs de la ville, fiers de recevoir leur plus célèbre confrère. Mais le soir même, il quitte la localité. Narbonne l’attend et déjà Perpignan le réclame. Les Limouxins, aussi heureux et sincères qu’ils furent de le recevoir, oublieront vite Jasmin. De cette belle fête honorant le « poète-perruquier », il ne reste plus en souvenir qu’un poème en occitan improvisé, qui, à nos yeux de lecteurs du XXIe siècle, ne semble plus désormais tout à fait digne des louanges qu’il a reçues jadis. L’art de Jasmin a mal résisté à la flétrissure du temps. Ses vers ont fanés. 

Mais je vous en laisse juge.

 © Charles Peytavie


A LIMOUX !

Limous, bilo fresco et beziâdo,
Bilo oun la poèzio es flourîdo, granâdo, 
Tu que débat (sous) un ciel luzen,
Semblés àqui touto l’annâdo,
Uno Reyneto al froun rizen
Que se palayzo, dins la prâdo,
Al pè de mountagnos d’argen,
Courounes ma muso pastouro
Prâmo que rits, prâmo que plouro;
Mais tu, de toun siêti d’aounou,
 Fas cado jour en gran, ço que fay en pichou :

Quan la Franço un mati toumbo dins la languino,
Li lances la licou de ta blanqueto fino,
Et la baqui que rits, que rits un gran moumen;
Quan soun rire es trop loun, li lances per gazèto,
Lou Pichou Mountagnol de toun famus poèto,
Et la baqui que plouro.... et te fay coumplimen !

 

 

À LIMOUX !

Limoux, ville fraîche et élégante,
Ville où la poésie fleurit et se propage (1) 
Toi qui, sous un ciel brillant,
Ressembles ici toute l’année
À une petite reine au front riant
Qui se pavane, dans la plaine
Au pied des montagnes d’argent,
Tu couronnes ma muse bergère
Parce qu’elle rit, parce qu’elle pleure ;
Mais toi, de ton siège d’honneur,
Tu fais en grand, ce qu’en petit je fais :
 Quand la France un matin tombe dans la langueur,T
u lui envoies la liqueur de ta fine blanquette,
Et la voici qui rit, qui rit un bon moment ;
Quand son rire est trop long, tu lui envoies pour gazette
Le Petit Montagnard de ton fameux poète
Et la voici qui pleure… et te fait compliment !

 

 

[A Limoux ! Première version du poème publié à chaud dans le Journal Le Conciliateur de l’Aude, le 8 mai 1850. Une version retravaillée par le poète lui-même a été publiée dans son recueil Las Papillòtos édité à Agen en 1851. Traduction originale de l’occitan proposée pour cette chronique par le poète Franc Bardou]

(1) Littéralement « la poésie est fleurie et grainée » au sens où elle fait des graines qui seront plantées et pousseront à leur tour…

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