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Limoux, Histoire & Patrimoine

En ballon de Toulouse à Limoux

À la grande surprise des paysans de la plaine de Flassian et de Pieusse, le dimanche 21 novembre 1869 en fin d’après-midi, le ballon Cita di Firenze (Ville de Florence) du célèbre aéronaute Eugène Godard, parti de l’ancien cloître des Jacobins à Toulouse, se pose avec difficulté près de l’église de Notre-Dame de Marceille.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les voyages en ballons ou en aérostats (les fameux « plus lourds que l’air ») sont synonymes de dépaysement et d’aventures périlleuses. Ces extraordinaires machines, inventées à la fin du siècle précédent et capables de s’affranchir de l’apesanteur, fascinent le grand public. Dans les grandes villes du pays, on se presse pour assister à des démonstrations d’envol qui relèvent autant de la célébration du progrès humain que du grand spectacle. On se passionne pour les distances parcourues par ses engins. On frissonne par procuration pour les quelques courageux qui s’aventurent dans leurs nacelles. Que l’on songe aussi au succès rencontré par le récit imaginaire, mais bien documenté, du périple extraordinaire effectué au-dessus du continent africain par le Docteur Ferguson et ses compagnons d’infortune, les héros du premier roman de Jules Vernes, « Cinq semaines en ballon », paru en 1863. L’aérostation foraine est l’attraction reine des foires et des grandes expositions.

En France, la figure tutélaire de cette nouvelle industrie aéronautique se nomme Eugène Godard (1827-1890). Sous le Second Empire, sa popularité atteint des sommets. Avec ses montgolfières et ses ballons à gaz, il multiplie les ascensions dans plus d’une dizaine de pays, aussi bien en Europe qu’en Amérique. Il se rend d’est en ouest dans les principales villes des États-Unis, vole au-dessus de Cuba et du Canada. Continuellement à la recherche de perfectionnements et d’innovations, l’ingénieur-aéronaute Godard participe aussi à la création de la photographie aérienne en transportant à ses côtés à partir de 1858 son ami Nadar ; il accompagne aussi à plusieurs reprises l’astronome Camille Flammarion. Ces voyages aériens sont pour le scientifique un moyen d’observer directement l’état de l’atmosphère et d’ouvrir à la science de nouveaux territoires.

En 1863, Napoléon III reconnaît le talent de l’intrépide aéronaute et aussi son utilité en temps de guerre comme aéronaute-observateur ; il lui décerne le titre et le brevet officiels d’« Aéronaute de l’Empereur ».

 

Une « bagatelle de 100 km en 1 heure 40 minutes ».

 

Le dimanche 21 novembre 1869, Eugène Godard est à Toulouse avec son ballon Cita di Firenze (Ville de Florence). À quinze heures et quart de l’après-midi, devant la foule des Toulousains rassemblés pour l’occasion dans l’ancien cloître des Jacobins, il décolle, amenant avec lui, le journaliste républicain toulousain fondateur de l’Emancipation Armand Duportal, son collègue du même journal Louis Aristide et le peintre Gilbert de Séverac. L’air est froid, le vent souffle nord-ouest, le temps est frais et brumeux. Le décollage du ballon souffre de ces conditions météorologiques qui ne sont pas en mesure toutefois d’effrayer l’expérimenté aéronaute. Le ballon s’envole rapidement sous les applaudissements du public ; il évite heureusement le haut clocher des Jacobins. Son voyage commence. Il survole tour à tour le Grand Rond, le Pont des Demoiselles. Parvenu à deux mille mètres d’altitude, il suit le tracé du Canal du Midi, puis distance un train de marchandises. Très vite, il se retrouve au-dessus du Lauragais. En regard d’Avignonet, il oblique vers le sud et les montagnes de l’Ariège. Les voyageurs, conquis, profitent de l’attrait de leur pérégrination aérienne. Le vent les pousse en direction de Mirepoix. Il est 16 h 40. Eugène Godard est déjà à la recherche d’un petit plateau pour poser le ballon qui dévie vers l’est au-dessus du Haut-Razès. L’aéronaute apercevant la plaine de l’Aude prévient ses compagnons : « Voilà notre affaire ! Nous allons toucher terre dans cette petite plaine qui longe ce fleuve ». Il actionne deux ou trois fois la soupape du ballon, lâche progressivement tout son lest. En quelques instants, le Cita di Firenze se pose dans un champ, sur la rive droite de l’Aude, entre Pieusse et Notre-Dame de Marceille, à 25 mètres du fleuve. On imagine la surprise des paysans qui, en cette fin d’après-midi, alors que la nuit commence à tomber, voient pour la première fois de leur vie peut-être, cet étrange engin se poser près de leurs champs, des hommes s’agitant à son bord. Le reste de l’aventure, laissons Armand Duportal nous la raconter : « Là, nous attendait la seule émotion un peu sérieuse de notre navigation. La descente est toujours la grosse affaire d’un voyage en ballon. La nôtre se compliqua d’une rafale, d’un vrai tourbillonnement de vents contraires que nous n’avions pas soupçonné là-haut. La nacelle avait à peine touché terre sous la double influence du câble de frein et de l’ancre, que notre ballon, violemment agité et presque ramené à une situation horizontale, comme il l’avait été, avant le départ, dans la cour des Jacobins, s’éleva de nouveau, et rasant la terre nous porta à une trentaine de mètres, où une seconde secousse, plus violente que la première, mit fin à notre intéressante et très heureuse navigation. […] Les paysans du voisinage accoururent. Plusieurs traversèrent l’Aude à gué pour venir à nous. Notre premier soin fut de leur demander où nous étions. — À Pieusse, à deux kilomètres de Limoux, nous fut-il répondu. Et quand en échange de ce précieux renseignement, nous racontâmes à ces braves gens que nous venions de Toulouse, que nous étions partis depuis 1 heure 40 à peine, leur étonnement fut tel, qu’ils restèrent longtemps à considérer cette vérité comme une mystification de citadins. »

Rendus à Limoux, les voyageurs télégraphient à Toulouse la nouvelle de leur atterrissage et le soir venu festoient à l’hôtel Moderne. Le lendemain, prenant le train pour regagner la cité toulousaine, via Carcassonne, ils ont tout le temps de regretter la rapidité du Cita di Firenze en passant « deux grosses heures dans un omnibus apocalyptique… » !

Charles Peytavie

 

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