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L’apogée annuelle de la fatigue organisée

Arrive un moment assez étrange où l’humanité entière semble parvenir à la même conclusion : elle est fatiguée, épuisée. Et pour remédier à cet état de lassitude généralisée, elle a inventé une solution géniale : partir, tous ensemble, au même moment, vers les mêmes destinations.
On appelle cela : les grandes vacances.

Le principe est simple et presque touchant dans sa naïveté : puisque nous sommes tous fatigués en même temps, il suffit, apparemment, de changer d’endroit pour aller mieux.

Une logique aussi imparable qu’un plan de table de mariage élaboré après trois verres de carthagène.

Tout commence par le choix de la destination. Sur le papier, c’est un rêve. Dans la réalité, c’est une autre histoire.

Pendant des semaines, on a comparé des dizaines de sites, on a lu des centaines d’avis contradictoires et, au final, on a hésité entre une location « authentique », un camping « nature » et un hôtel « les pieds dans l’eau ». Tous promettaient une « expérience authentique ». Ce qui est déjà suspect, puisqu’une expérience authentique ne se vend généralement pas avec –15 % si vous réservez avant minuit.

Le départ, lui, ressemble à une épreuve olympique. Il ne faut rien oublier, tout prévoir. Le coffre grand volume du Monospace s’avère soudain beaucoup trop petit pour contenir l’indispensable. Et pour optimiser, voilà que l’on rajoute le coffre de toit et la remorque.

Sur les routes, dans les gares ou les aéroports, l’humanité révèle son visage le plus sincère : elle est pressée… d’attendre. Tout le monde veut arriver au plus vite, mais personne n’avance. C’est une forme de méditation moderne : contempler l’immobilité générale tout en se persuadant que les autres sont responsables.

Les enfants, eux, restent les grands philosophes de cette aventure. A peine le moteur a-t-il démarré que la question tombe :

— On arrive quand ?

Puis vient l’instant tant attendu : l’arrivée à destination. « A moi, la petite bière bien fraîche, le paquet de chips et les cacahuètes qui vont avec ! »

Et là se produit un miracle statistique fascinant. On découvre exactement le même type d’individus que chez soi. Les mêmes habitudes, les mêmes discussions, les mêmes files d’attente à la supérette, les mêmes queues pour acheter une boule de vanille à 3,50 €. La civilisation n’a pas changé. Elle s’est simplement déplacée de quelques centaines de kilomètres pour vérifier qu’elle fonctionne aussi sous 39 degrés.

Les plages, notamment, méritent aussi une étude sociologique approfondie. On y observe une cohabitation dense d’individus persuadés que quarante centimètres de sable constituent un espace privé inviolable. Le parasol devient une frontière géopolitique. La serviette, un traité de souveraineté temporaire. Et la glacière, une réserve stratégique que personne n’ose contester frontalement, sauf en cas de melon trop mûr.

Le repos, dans tout cela, demeure une notion assez théorique. On en parle beaucoup. On le planifie. On le photographie. Mais on le pratique relativement peu.

Entre les réservations, les trajets, les activités obligatoires, les repas à heure fixe, les excursions « incontournables » et les enfants qui s’ennuient et le font savoir, alors qu’ils disposent de plus de distractions qu’un centre de loisirs, il reste surtout une activité dominante : survivre à ses propres vacances.

Car le plus fascinant reste peut-être cette nouvelle obligation de réussir son repos. Autrefois, il suffisait de partir. Aujourd’hui, il faut optimiser sa détente. Profiter pleinement. Déconnecter efficacement. Se ressourcer correctement. Et malheur à celui qui revient fatigué : il aura raté ses vacances. Ce qui est tout de même remarquable pour une activité censée réparer… la fatigue.

Puis sonne l’heure du retour. On rentre avec quelques kilos en plus, du sable encore présent dans des endroits inexplicables et un bronzage qui pèle ; mais qui servira de justificatif officiel à de belles vacances.

Arrive aussi la phrase rituelle, celle qui clôt l’été comme le générique d’une série qu’on connaît par cœur :

— On était bien, quand même.

C’est probablement vrai. Et c’est précisément cela qui nous fait recommencer chaque année.

Nous savons parfaitement que ce ne sera pas reposant. Nous savons que nous remplirons les mêmes valises, subirons les mêmes embouteillages et oublierons les mêmes chargeurs de téléphone. Mais nous repartirons quand même, animés par cette foi irrationnelle et profondément humaine que, cette fois-ci, ce sera différent.

Ce ne sera pas différent.

Ce ne sera pas plus reposant.

Mais ce sera mémorable.

Et dans une époque où tout finit par devenir une histoire à raconter, c’est déjà une très belle réussite.

Allez ! Bonnes vacances à tous !

RP

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Créé en 1822, Le Limouxin est l’hebdomadaire le plus ancien de France encore en activité. C’est un journal très apprécié des limouxins et ex-limouxins puisque les lecteurs ont la chance de découvrir, chaque semaine, à moindre frais toutes les informations de la Cité Blanquetière et de ses environs.

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