Pas de réseaux sociaux aux moins de -15 ans…
L’État déclare forfait… et appelle ça une victoire !
À partir de l’an prochain, sauf improbable coup de théâtre du Conseil constitutionnel, les moins de 15 ans ne pourront plus créer de compte sur les réseaux sociaux. Et ceux qui en possèdent déjà un, devraient être priés de faire leurs adieux au 1er janvier 2027.
Rideau. Circulez. Notre bonne République veille au grain.
Au nom de la protection d’une jeunesse jugée particulièrement vulnérable, les députés ont donc définitivement adopté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Les plateformes auront désormais la délicate mission de vérifier l’âge des jeunes utilisateurs.
Autrement dit, il va falloir expliquer à TikTok, Instagram et consorts, qu’un ado de 14 ans n’est pas exactement la même chose qu’un gars de 35 ans qui regarde une vidéo de cuisine à deux heures du matin.
Sur le principe, difficile de crier au scandale. Parfois, les réseaux sociaux s’avèrent être de véritables poubelles numériques, une fabrique à imposteurs où l’on trouve à peu près tout : harcèlement, haine, manipulation, désinformation, images violentes, contenus douteux et conseils existentiels prodigués par des influenceurs qui se filment toute la journée donnant l’illusion à nos enfants qu’on peut devenir riche en ne faisant rien et dont le seul diplôme semble être d’avoir beaucoup d’abonnés.
Et lorsqu’on a 13 ou 14 ans, il n’est pas toujours facile de prendre du recul face à ce déluge. D’ailleurs, soyons honnêtes : même après 15 ans, certains adultes n’y arrivent toujours pas. Il suffit de lire les commentaires sous n’importe quelle publication, pour constater que l’âge légal ne garantit malheureusement pas la maturité intellectuelle.
Mais voilà : cette interdiction risque surtout de produire ce que les interdictions produisent généralement depuis que l’Humanité a inventé les règles : une formidable envie de les contourner.
Parce que une chose est sûre : Le verrou technique sautera.
Les plateformes vont mettre en place des systèmes de vérification sophistiqués, les ingénieurs vont travailler d’arrache-pied, les gouvernements vont publier des communiqués triomphants… et, pendant ce temps, des gamins de 14 ans expliqueront tranquillement à leurs parents comment ils sont capables de contourner le dispositif en trois clics.
Un VPN, une fausse date de naissance, un compte créé avec l’aide d’un grand frère, d’une grande sœur ou d’un copain un peu plus âgé… La grande muraille numérique risque fort de ressembler à une clôture de jardin avec un beau trou au milieu.
Et c’est là que le bât blesse.
Car cette loi ressemble furieusement à une capitulation. Faute d’avoir réussi à imposer aux plateformes une véritable modération, efficace et responsable, l’État choisit la solution la plus simple : interdire.
Comme toujours, on ne règle pas le problème. On déplace le problème.
On responsabilise les plateformes. On leur demande de contrôler l’âge.
Le 14 ans et 364 jours est vulnérable.
Le 15 ans et 1 jour est, lui, responsable.
Moi, j’appelle ça : fermer la porte … en laissant la clé sous le paillasson.
Mais surtout, cela donne l’impression d’avoir fait quelque chose.
Le gouvernement pourra donc se féliciter d’avoir protégé les moins de 15 ans.
Les plateformes pourront se féliciter d’avoir vérifié leur âge. Les députés pourront se féliciter d’avoir voté une loi.
Et les réseaux sociaux, eux, continueront de faire ce qu’ils savent faire de mieux : capter l’attention, engranger les clics et compter les milliards.
Bienvenue dans le merveilleux monde de la régulation à la française.
RP

