L'amour vache !
L’Amour vache ! Tu m’aimes ?… et bien moi non plus !
La politique sait parfois inventer des histoires, des relations amoureuses, étonnantes.
Il y a ceux qui, pendant des semaines, expliquent que jamais, au grand jamais, ils ne siègeront avec untel. Ceux qui dénoncent les méthodes, les ambitions personnelles, les egos surdimensionnés...
Et puis soudain, entre deux calculs de voix et trois additions sur un coin de table, arrive le miracle : la fusion soi-disant technique.
Technique : le mot est bien choisi. Parce qu’en général, côté passion, on repassera.
La fusion technique, c’est donc un peu le mariage civil célébré en urgence parce qu’on a regardé l’intérêt plus que les sentiments. On ne partage pas forcément les mêmes idées, encore moins les mêmes affinités, mais on partage une certitude : séparés, c’est risqué, alors qu’ensemble, eh bien ça peut, peut-être, passer.
Le spectacle commence toujours de la même manière : le dimanche soir, à l’énoncé des résultats, les mines sont fermées, les déclarations prudentes, chacun assurant rester fidèle à sa ligne. Lundi matin, changement de stratégie, les téléphones chauffent. Mardi, on se reparle, on se comprend mieux. Mercredi, on explique aux électeurs qu’il faut savoir dépasser les querelles pour l’intérêt supérieur de la commune ou du pays. Le jeudi matin on sourit sur la photo, on se tutoie en public, on promet une équipe rassemblée pour l’intérêt général, et le vendredi chacun glisse sous le tapis les petites phrases assassines du premier tour.
Le gars qui était devenu incompétent redevient, par magie, fréquentable. Celui qu’on disait autoritaire retrouve soudain des qualités de rassembleur. Quant aux convictions, elles patienteront gentiment dans un tiroir, le temps du second tour.
Mais voilà ! on l’a maintes fois constaté, une fois les bulletins comptés, la lune de miel dure parfois moins longtemps qu’un pique-nique sur une aire en bord de nationale un jour de pluie.
Car gouverner ensemble, quand on s’est choisi par nécessité, par intérêts, ressemble souvent à ces repas de famille où tout le monde sourit à l’apéro, puis où les vieux comptes ressortent avec le café et la petite remorque qui va avec. Les délégations deviennent alors des sujets sensibles, les places, le pouvoir, comptent plus que les promesses, et chacun redécouvre très vite pourquoi il ne voulait pas de l’autre quinze jours plus tôt.
Au fond, la fusion c’est tout sauf une alliance : c’est un cessez-le-feu électoral, où les rancunes ont parfois plus de mémoire que les programmes et les promesses.
Tu l’auras bien compris, un accord signé à la veille du vote n’efface ni les ambitions, ni les susceptibilités.
Chez nous, dans le sud, on a un dicton :
« Quand la granissa menaça, quitament los vesins encolerits rentran las cadièras ensems ». (Quand la grêle menace, même les voisins fâchés rentrent les chaises ensemble).
Et un autre dit : « Quand los barratges an cedit, plaça al cadun per se ». (Quand les barrages cèdent, place au chacun pour soi).
RP



