Cherchez l’erreur ! On demande à l’agriculteur français d’être écolo, vertueux, sobre, de faire preuve de traçabilité, d’être compétitif, et par-dessus le marché, d’être souriant et climatiquement irréprochable. Et pendant ce temps-là, l’Union européenne s’apprête à signer un accord qui consiste, en résumé, à importer ce qu’elle interdit de produire chez elle.
En soutien aux agriculteurs, le drapeau des Jeunes Agriculteurs a flotté sur la façade de la mairie de Pieusse en lieu et place du drapeau européen. Des dizaines de tracteurs ont réussi à pénétrer dans Paris malgré les barrages policiers. Le désamour n’est pas que dans le pré, la colère gronde dans toute la France.!
Le Mercosur, c’est donc encore une idée géniale : imposer des normes parmi les plus strictes au monde à nos agriculteurs et éleveurs… puis ouvrir en grand les portes à des produits venus de je ne sais où et qui n’en respectent aucune.
Pesticides interdits ici, mais tolérés là-bas ? (Pas de problème). Traçabilité floue ? (On fermera un œil). Déforestation massive ? (Tant que la viande est bon marché, on regardera ailleurs). Après tout, l’Amazonie est loin, et le bœuf brésilien n’a vraiment pas de conscience écologique.
On nous explique que l’accord est bon pour l’économie. Certes. Pour quelques grandes entreprises, on n'en doute pas.
Mais pour l’éleveur français, en revanche, c’est une autre histoire : comment lutter contre une concurrence qui produit nettement moins cher parce qu’elle joue avec des règles que nous avons choisies de ne plus accepter ? C’est un peu comme disputer un match de boxe face à un adversaire qui envoie des coups bas, l’arbitre dans la poche. Mais rassure-toi : on aime à te faire croire que tout est parfaitement “équitable” comme pour le café, le sucre, le cacao ou les bananes… industries où les multinationales s’engouffrent de plus en plus, laissant de moins en moins de marge aux producteurs concernés.
Et puis il y a l’environnement. Là, on touche au chef-d’œuvre. L’Union européenne affiche fièrement son Pacte Vert, avec ses objectifs climatiques, ses discours enflammés sur la planète… Le top du top, alors qu’elle s’apprête à signer un accord susceptible d’encourager la déforestation de l’Amazonie. Le tout sans sourciller. A croire que le carbone est plus acceptable quand il est acheminé par bateau.
Côté alimentation, même logique. Le principe de précaution, pilier sacré de la politique européenne, semble soudain très souple quand il s’agit de commerce international. Les consommateurs européens peuvent dormir tranquilles : tout sera contrôlé. Enfin, “contrôlé” au sens large. Très large à mon sens.
Les agriculteurs et éleveurs français, ont, eux « los cojones » (le terme passera mieux n’est-ce pas, la vulgarité c’est pas mon truc) de dire non. Non à un accord qui sacrifie son agriculture. Non à l’incohérence de la politique de la transition écologique. Non à la signature d’accords qui vont à contre-sens. Non à cette mondialisation qui demande toujours plus d’efforts aux mêmes personnes, pendant que d’autres profitent du système.
Refuser le Mercosur, ce n’est pas, bien sûr, d’être contre le commerce et le libre-échange. C’est refuser de suivre ces illusionnistes européens qui prêchent la vertu écologique le matin et importent la déforestation l’après-midi.
Car, à force de vouloir le beurre, l’argent du beurre et la vache sud-américaine aux hormones en prime, l’Europe risque surtout de perdre de sa crédibilité.
Si ce n’est pas déjà fait, d’ailleurs !
RP


