Pêchard, le cheval de TRAIT devenu légende de Limoux, avait ému « BB »
Le décès de Brigitte Bardot ravive le souvenir d’Henri Santistèbe et de son cheval Pêchard, devenu une véritable emblème limouxine.
Pendant près de trente ans, Pêchard a fait partie intégrante du paysage limouxin. Ce puissant cheval de trait travaillait dans les vignes aux côtés de son propriétaire, le vigneron Henri Santistèbe. À une époque où la mécanisation s’imposait partout, le duo poursuivait inlassablement son labeur, jusqu’à ce que Pêchard devienne, au fil du temps, le dernier cheval de trait de la région.
Bien plus qu’un simple animal de travail, Pêchard était une véritable figure locale. Les habitants se souviennent encore de son intelligence remarquable : il connaissait parfaitement le trajet quotidien et n’hésitait pas à s’arrêter de lui-même aux feux rouges lorsque Henri, fatigué, s’assoupissait sur la charrette. On le retrouvait aussi lors des moments festifs, notamment au carnaval de Limoux, où il tirait la charrette du mannequin sous les regards attendris du public.
En 1991, la vie du village bascule. Henri Santistèbe tombe gravement malade, est hospitalisé puis placé en maison de retraite. Pêchard se retrouve alors sans son compagnon de toujours. Son sort, que certains disaient « promis à une mort dans l’indifférence », émeut profondément la population.
C’est alors qu’un habitant de Limoux, Georges Coroir, coiffeur-barbier et peintre amateur, décide d’agir. Touché par l’histoire du cheval et de son maître, il réalise un tableau les représentant et en vend des reproductions sous forme de cartes postales. Face au succès et à l’élan de solidarité, il fonde l’association « Les Amis de Pêchard » et ouvre un compte bancaire destiné à financer les soins et l’entretien du vieux cheval.
Pêchard est alors accueilli sur le terrain d’un centre aéré, où il passe une retraite paisible, entouré d’attention et de bienveillance.
L’histoire dépasse rapidement les frontières de Limoux. La presse nationale, notamment Cheval Magazine, mais aussi internationale, s’en fait l’écho. La Fondation Brigitte Bardot s’intéresse également à son sort. Grâce aux nombreuses ventes de cartes postales et de reproductions, les soins de Pêchard sont assurés jusqu’à la fin de sa vie.
Le vieux cheval s’éteint le 18 avril 1994, à l’âge respectable de 34 ans.
Mais Limoux ne l’oublie pas. Le 13 juin 1998, une statue à son effigie est inaugurée à l’entrée de la ville, sur la route de Carcassonne. Le monument raconte l’histoire de Pêchard et de son maître en trois langues. Sa réalisation a été rendue possible grâce au solde du compte bancaire initialement dédié aux soins du cheval. Malheureusement, cette statue a été vandalisée à plusieurs reprises au fil des années.
L’association Les Amis de Pêchard poursuivra son action jusqu’en 2016. Lors de sa dissolution, le 23 mars 2016, le solde du compte bancaire est reversé au club hippique de Limoux, qui accueille pour l’occasion une jument de trait de race Comtoise, comme un passage de relais symbolique.
Aujourd’hui encore, Pêchard reste dans la mémoire collective le symbole d’un monde rural disparu, d’une viticulture plus humaine, et d’un formidable élan de solidarité populaire né autour d’un cheval devenu patrimoine vivant de Limoux.



